Wonderwood m’a toujours fascinée pour une raison simple : c’est l’un des rares parfums qui assume totalement son côté artificiel. Pas de storytelling sur une forêt japonaise mystique, pas de promesses d’authenticité. Juste du bois. Beaucoup de bois. Peut-être même trop.
La construction olfactive : minimalisme radical
Comme des Garçons a travaillé avec Antoine Maisondieu sur cette composition, et franchement, ils n’ont pas pris de gants. L’idée? Empiler des matières boisées – naturelles et synthétiques – jusqu’à créer quelque chose qui ressemble plus à une sculpture qu’à un parfum portable.
Notes de tête : l’entrée abrupte
Le poivre de Sichuan et le bergamote ouvrent la marche, mais honnêtement, ils disparaissent en dix minutes. Ce n’est pas vraiment là que ça se joue. Ces notes servent surtout à éviter que votre nez soit immédiatement submergé par la vague boisée qui arrive derrière. Une sorte de sas de décompression olfactif.
Notes de cœur : la forêt de laboratoire
C’est là que ça devient intéressant techniquement. Le cèdre de Virginie domine, accompagné de vétiver et de gaïac. Mais la vraie star? Les molécules de synthèse. Iso E Super probablement (cette odeur boisée-ambrée presque transparente), mélangée à d’autres dérivés cédratés créés en labo.
Le résultat sent le crayon à papier fraîchement taillé. Ou le contreplaqué dans un magasin de bricolage. Selon votre sensibilité personnelle, c’est soit génial soit carrément unwearable. Entre nous, j’ai mis trois essais avant d’accrocher.
Notes de fond : persistance obsessionnelle
Le santal, le cèdre de l’Atlas et l’ambre gris (synthétique, évidemment) forment la base. Wonderwood ne bouge plus pendant des heures. Six, huit, parfois dix heures sur ma peau. C’est linéaire – certains diraient monotone – mais c’était le but.
Analyse des accords techniques
D’un point de vue composition, Wonderwood repose sur ce qu’on appelle un accord boisé sec. Pas de notes sucrées pour adoucir, pas de fleurs pour féminiser, pas de cuir pour dramatiser. Juste la sécheresse du bois sous toutes ses formes.
L’équilibre naturel-synthétique
Ce qui me fascine ici, c’est la transparence assumée. Les huiles essentielles naturelles (cèdre, vétiver, santal) sont présentes mais presque noyées sous les molécules aromatiques synthétiques. Ces dernières apportent une diffusion que les matières naturelles seules ne pourraient pas offrir.
Le résultat? Une impression de bois plus vraie que nature. Paradoxal, non? En exagérant chimiquement certaines facettes, on obtient quelque chose d’hyperréaliste. Comme une forêt vue à travers un filtre Instagram qui saturerait les verts et les bruns.
La texture olfactive
Si je devais décrire la texture de Wonderwood… c’est mat. Poussiéreux même. Aucune brillance, aucune rondeur grasse. Tout est anguleux, sec, presque astringent. Cette sensation vient probablement de la forte concentration en notes cédratées qui ont cette propriété de « assécher » une composition.
Comparaisons avec d’autres boisés
Pour vraiment comprendre la singularité de Wonderwood, j’aime le mettre en perspective avec d’autres références boisées.
Face à Terre d’Hermès
Terre d’Hermès joue aussi la carte du boisé sec, mais avec une acidité d’agrumes qui persiste et une minéralité absente chez Wonderwood. Hermès reste plus portable, plus élégant aussi. Wonderwood est plus radical, moins consensuel.
Versus Encre Noire de Lalique
Encre Noire mise tout sur le vétiver humide, presque aquatique. C’est du bois dans une cave froide. Wonderwood, c’est du bois au soleil qui chauffe, sec et presque brûlé. Deux visions opposées de la même famille olfactive.
À côté de Tam Dao de Diptyque
Tam Dao propose une version crémeuse, lactée, presque confortable du santal. Wonderwood refuse cette facilité. Pas de crème, pas de douceur laiteuse. Juste la rugosité du bois brut. C’est beaucoup moins facile à porter au quotidien, mais techniquement plus audacieux.
Pour qui, pour quoi?
Soyons clairs : Wonderwood n’est pas un parfum pour débuter dans les boisés. C’est un parfum d’étude, presque pédagogique. Il montre ce qu’on peut faire quand on décide de pousser une idée jusqu’au bout sans compromis commercial.
Je le recommande aux nez déjà habitués aux compositions minimalistes. À ceux qui trouvent Terre d’Hermès trop facile ou Tam Dao trop doux. C’est un parfum d’hiver ou d’automne – l’été, il devient étouffant.
Question de dosage
Attention au nombre de pulvérisations. Deux suffisent largement. Au-delà, vous risquez l’overdose boisée qui donne mal à la tête. La concentration est élevée (c’est un Eau de Parfum à 100 ml), et la diffusion des synthétiques fait le reste.
Évolution et stabilité
Un aspect technique rarement mentionné : Wonderwood vieillit plutôt bien en flacon. Les molécules synthétiques sont stables, et les huiles essentielles présentes ne s’oxydent pas rapidement. Mon flacon a trois ans et sent presque identique au premier jour.
Sur peau, l’évolution est minimale. Ce qui déroute certains porteurs habitués aux parfums qui « racontent une histoire » sur huit heures. Ici, c’est une note tenue. Un accord qui s’installe et refuse de bouger. Fascinant techniquement, parfois frustrant émotionnellement.
Mon verdict technique
Wonderwood représente une certaine vision de la parfumerie contemporaine : conceptuelle, épurée, presque architecturale. C’est du minimalisme olfactif poussé à son maximum. Pas de fioritures, pas de séduction facile, juste une idée exécutée avec une cohérence totale.
Est-ce que j’adore le porter? Pas toujours. Est-ce que je respecte sa construction? Absolument. C’est le genre de parfum qui enrichit une collection sans forcément devenir un favori quotidien. Un outil pédagogique autant qu’un jus à porter.
Pour ceux qui veulent vraiment comprendre ce qu’on peut faire avec des accords boisés synthétiques, c’est un passage obligé. Pour les autres… peut-être commencer par quelque chose de moins extrême serait plus sage?
