Première rencontre avec cette vague marine
Bon, soyons honnêtes : je ne m’attendais pas à ce qu’Armani réussisse à surprendre encore avec sa ligne Acqua di Gio. Et pourtant, cette Eau de Parfum Intense m’a littéralement scotchée. La première fois que j’ai senti ce jus, c’était sur un mouillette en boutique. Trois heures plus tard, je reniflais encore le papier.
La puissance qui se dégage du flacon… franchement, c’est quelque chose. On est loin de la discrétion aquatique classique. Là, ça déboule avec une présence marine qui te réveille les narines sans ménagement.
Décryptage de la pyramide olfactive
Les premières secondes : un plongeon salé
Dès l’ouverture, les notes marines prennent le dessus. C’est presque iodé, avec cette salinité qui pique. Comment dire… ce n’est pas l’eau de mer tiédasse de la baignade familiale. Non. C’est l’embrunt qui vous fouette le visage sur une falaise bretonne en novembre.
J’ai eu du mal au début à identifier tous les composants de cette tête – c’est tellement compact, tellement fusionnel. Mais après plusieurs essais (oui, j’ai craché le budget échantillon), je perçois nettement cette fraîcheur agrumée qui vient tempérer l’assaut salin. Subtile mais présente.
Le cœur : entre transparence et texture
Bon, alors là, surprise numéro deux. Vers la deuxième heure, quelque chose d’aromatique émerge doucement. Des herbes marines peut-être? Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais il y a cette dimension verte qui apporte une respiration au milieu de toute cette eau salée.
La construction reste translucide. Alberto Morillas (oui, c’est lui aux manettes) a vraiment travaillé la fluidité de l’ensemble. Pas de rupture brutale entre les phases – juste une évolution progressive, presque hypnotique.
Pour ceux qui veulent découvrir notre analyse complète sur l’évolution du sillage, j’y détaille justement cette phase intermédiaire fascinante.
Le fond : l’ancrage boisé qui change tout
Et voilà où le parfum bascule vraiment. Vers la quatrième heure, le boisé commence à s’imposer. C’est sec, presque minéral au début, puis ça se densifie progressivement. Il y a quelque chose de résineux qui vient se mêler aux notes marines restantes.
Le contraste est saisissant : ces bois (difficile de dire lesquels exactement, probablement du cèdre et des molécules synthétiques boisées) créent une profondeur que je n’aurais jamais crue possible dans un aquatique. La tenue? Largement 8 heures sur ma peau, ce qui est carrément inhabituel pour cette famille olfactive.
L’approche technique d’Alberto Morillas
Morillas, c’est un peu le magicien des accords impossibles. Ici, il réussit à marier l’immatérialité marine avec une structure boisée solide. Techniquement, c’est brillant. La transition du volatil vers le fixé se fait sans couture visible.
Je suppose (et c’est vraiment une hypothèse personnelle) qu’il a utilisé des molécules aroma-chimiques marines de dernière génération – celles qui reproduisent les accords iodés sans virer au poisson avarié. Combinées à des iso E super et probablement de l’ambroxan pour le côté ambré-boisé du fond.
La famille boisée aquatique, c’est un exercice périlleux. Trop aquatique, tu perds en personnalité. Trop boisé, tu trahis l’ADN. Là, l’équilibre tient. Vraiment.
Comparaison avec d’autres références marines
Bon, impossible de ne pas comparer avec l’Acqua di Gio original de 1996. Celui-là, c’était la révolution aquatique des années 90 – frais, léger, presque transparent. Cette version Intense prend le contrepied total : elle est dense, affirmée, moderne.
Si je devais tracer des parallèles avec d’autres boisés aquatiques masculins… disons que Sauvage de Dior joue davantage la carte poivrée-ambrée, tandis qu’ici on reste fidèle à l’esprit marin. Bleu de Chanel, lui, penche plus vers l’aromatique boisé pur.
Pour une vision alternative sur cette composition, je vous conseille de lire aussi l’analyse comparative avec d’autres lancements 2026.
Hermès Eau de Citron Noir pourrait être un cousin éloigné – même recherche de contraste, même mariage audacieux entre fraîcheur et profondeur. Mais Armani reste plus explicitement marin.
Le contexte olfactif de 2026
Cette sortie arrive dans un contexte particulier. Les aquatiques avaient un peu disparu des radars ces dernières années – trop associés aux années 2000, peut-être. Les marques se concentraient sur les boisés épicés, les orientaux gourmands, les cuirs…
Armani prend le risque de réhabiliter cette famille en la musclant considérablement. Pari réussi? Le marché dira. Mais techniquement, c’est une vraie proposition de valeur.
À qui s’adresse vraiment ce parfum
Alors, question difficile. Sur le papier, c’est estampillé homme. Dans les faits? Je l’ai testé, ma collègue l’a testé, et franchement, ça fonctionne aussi bien sur peau féminine. Cette dimension unisexe non revendiquée mais réelle, j’aime beaucoup.
Qui va craquer? Ceux qui cherchent de la fraîcheur sans la mièvrerie. Ceux qui veulent un sillage qui se respecte sans assommer. Les amateurs d’aquatiques déçus par les versions trop légères. Bref, un public assez large finalement.
Par contre, si vous cherchez de la douceur poudrée ou de la gourmandise vanillée… passez votre chemin. Vraiment.
Ma conclusion technique (et subjective)
Acqua di Gio Eau de Parfum Intense réussit ce tour de force : faire évoluer un ADN ultra-connu sans le trahir. La construction olfactive tient la route, la tenue impressionne, la modernité s’affirme.
Est-ce que tout le monde va aimer? Non. Est-ce que ceux qui aiment vont devenir accros? Probablement. Moi, je reste bluffée par cette façon de réinventer la mer en parfumerie. Morillas nous prouve qu’après des décennies de carrière, il sait encore surprendre.
Une dernière chose : ce jus mérite vraiment d’être testé sur peau. Les mouillettes ne rendent pas justice à cette évolution boisée du fond. Alors avant d’acheter (ou pas), prenez le temps de le laisser vivre quelques heures sur vous.
