Wonderwood m’a bluffée la première fois que je l’ai senti. Pas par sa subtilité (spoiler : il n’en a aucune), mais par son culot. Comme des Garçons a pris le bois comme matière première et en a fait un manifeste olfactif. Pas de fleurs, pas de fruits. Juste du bois sous toutes ses formes.
Quand on parle de parfum boisé, on pense souvent à une touche de cèdre par-ci, un soupçon de santal par-là. Wonderwood, lui, c’est une forêt entière compressée dans 100ml. Et ça change tout.
La pyramide olfactive : du bois, encore du bois
Bon, soyons honnêtes. La structure classique tête-cœur-fond prend ici une tournure particulière. Wonderwood ne se déploie pas vraiment en trois actes distincts. C’est plutôt une variation continue sur le même thème.
Notes de tête : l’attaque résineuse
Dès la vaporisation, le poivre et le bergamote apparaissent. Mais attention, ce ne sont pas les vedettes. Ils servent juste à aérer un peu la composition, à créer une ouverture avant que le vrai spectacle commence. Le vétiver fait déjà une entrée discrète, annonçant la couleur boisée qui va dominer.
Cette première phase dure… quoi, dix minutes? Pas plus. C’est court. Volontairement court, je pense.
Notes de cœur : le festival des bois
Là, ça devient sérieux. Le cèdre de Virginie prend les commandes, accompagné du gaïac et du cyprès. Trois bois différents, trois caractères distincts :
- Le cèdre apporte cette sécheresse presque poussiéreuse, un peu comme l’odeur d’une armoire ancienne
- Le gaïac ajoute une dimension fumée, presque médicinale (c’est difficile à décrire mais… pensez à un encens très sec)
- Le cyprès ramène une touche verte, quasi végétale, qui empêche l’ensemble de devenir trop abstrait
Le patchouli commence aussi à pointer le bout de son nez. Pas le patchouli hippie des années 70, plutôt sa version épurée, presque minérale.
Notes de fond : l’ancrage terreux
Le santal et l’oud (enfin, une molécule qui l’évoque) s’installent pour plusieurs heures. Le santal apporte cette crémosité caractéristique, adoucissant légèrement l’ensemble. L’oud reste discret, juste une ombre animalique qui donne de la profondeur.
Le vétiver, présent depuis le début, se fait plus présent. Racine terreuse, presque humide. Et les muscs – probablement synthétiques – enrobent le tout d’un halo propre qui fixe la composition sur la peau.
Analyse technique : construire avec le bois
Ce qui me fascine chez Wonderwood, c’est sa construction. Le parfumeur (Antoine Maisondieu, pour info) n’a pas cherché à raconter une histoire avec début, milieu et fin. Il a créé une sculpture olfactive.
L’overdose volontaire
La technique de l’overdose consiste à surdoser un ingrédient au point qu’il occupe tout l’espace. Ici, on ne surdose pas un seul bois mais plusieurs simultanément. C’est radical. Ça peut même être étouffant si on en met trop (croyez-moi, j’ai fait l’erreur).
Cette approche crée une densité incroyable. Wonderwood ne respire pas, ne s’allège jamais vraiment. C’est assumé.
Le rôle des Iso E Super
Je suis quasi certaine qu’il y a une dose conséquente d’Iso E Super dans la formule. Cette molécule de synthèse amplifie les notes boisées, leur donne ce côté flottant et enveloppant. Elle crée aussi cette impression de « halo » autour de celui qui porte le parfum.
Entre nous, c’est probablement ce qui rend Wonderwood addictif pour certains… et complètement invisible pour d’autres (l’Iso E Super a cette particularité : environ 20% de la population ne le perçoit pas du tout).
L’équilibre sec/crémeux
Malgré la dominance de bois secs (cèdre, cyprès, vétiver), le santal apporte juste assez de crémosité pour éviter que l’ensemble soit trop austère. C’est subtil mais essentiel. Sans lui, Wonderwood serait probablement inportable.
Comparaisons : Wonderwood dans l’univers des boisés
Pour vraiment comprendre ce parfum, j’aime le mettre en perspective avec d’autres créations boisées.
Vs Terre d’Hermès
Terre d’Hermès joue aussi la carte du boisé, mais avec beaucoup plus d’agrumes et de notes minérales. C’est un boisé élégant, presque classique. Wonderwood, lui, refuse toute concession. Pas d’agrumes pour alléger, pas de notes fraîches pour séduire. C’est moins polyvalent mais plus affirmé.
Vs Tam Dao (Diptyque)
Tam Dao est un boisé doux, lacté, réconfortant. Le santal y est roi et l’ambiance est presque méditative. Wonderwood prend le contrepied total : c’est un boisé brut, presque industriel dans son approche. Là où Tam Dao caresse, Wonderwood affirme.
Vs Encre Noire (Lalique)
Voilà une comparaison plus pertinente. Encre Noire mise aussi sur l’overdose boisée, principalement via le vétiver. Les deux parfums partagent cette radicalité, ce refus de plaire à tout prix. Mais Encre Noire est plus aquatique, plus sombre. Wonderwood reste plus sec, plus abstrait.
Pour qui, pour quand ?
Soyons clairs : Wonderwood ne sera jamais un parfum de compromis. Vous ne le mettrez pas pour un premier rendez-vous (sauf si vous voulez vraiment faire forte impression… ou fuir très vite).
Par contre, c’est le parfum idéal quand vous voulez vous sentir ancré, solide, presque blindé. Les jours de pluie, les moments où vous avez besoin de vous recentrer. Il crée comme une bulle protectrice.
Question genre ? Franchement, peu importe. C’est techniquement classé masculin, mais j’en connais plusieurs qui le portent (dont moi). Le bois n’a pas de genre.
Les limites à connaître
Wonderwood a des défauts. Ou des caractéristiques qui peuvent être perçues comme telles, disons.
Sa linéarité d’abord. Si vous aimez les parfums qui évoluent, qui racontent une histoire en trois chapitres bien distincts, vous risquez de vous ennuyer. Wonderwood reste fondamentalement le même du début à la fin. Ça peut être frustrant.
Sa densité ensuite. Par temps chaud, c’est quasi inportable. Il faut vraiment l’hiver ou au moins l’automne pour qu’il trouve sa place. En été, il devient étouffant.
Et puis cette fameuse question de l’Iso E Super. Si vous faites partie des 20% qui ne le perçoivent pas, Wonderwood risque de vous sembler décevant, moins présent que ce qu’on en dit. C’est la loterie génétique.
Ce que Wonderwood m’a appris sur les boisés
Au-delà du parfum lui-même, Wonderwood représente une approche particulière de la parfumerie. Celle qui consiste à pousser un concept jusqu’au bout, sans se soucier de plaire au plus grand nombre.
Il m’a aussi fait comprendre que « boisé » est une famille incroyablement diverse. Entre le santal crémeux, le cèdre sec, le vétiver terreux et le cyprès vert, il existe des dizaines de nuances. Wonderwood les explore presque toutes.
C’est finalement un parfum d’étude autant qu’un parfum de plaisir. On peut l’analyser, le décortiquer, essayer d’identifier chaque couche. Ou simplement le porter et se laisser envelopper par cette forêt concentrée.
Est-ce que tout le monde devrait l’essayer ? Probablement. Est-ce que tout le monde devrait l’acheter ? Certainement pas. Mais comme exercice de style, comme démonstration de ce qu’on peut faire avec une seule famille olfactive poussée à l’extrême, c’est une vraie leçon de parfumerie.
Et vous, vous en pensez quoi du bois sous toutes ses formes ?
