Wonderwood m’a longtemps posé problème. Pas parce que je ne l’aimais pas – au contraire. Mais parce que j’avais du mal à décortiquer sa structure. Comme des Garçons a créé un monstre boisé qui défie les codes habituels de la pyramide olfactive. Alors aujourd’hui, on va démonter ce parfum molécule par molécule.
La Promesse : 100% Bois (Vraiment?)
Wonderwood se présente comme un concentré de bois. Pas de fruits, pas de fleurs, pas de gourmandises. Du bois, point. Sauf que… c’est plus compliqué que ça.
La maison parle de « 13 essences de bois différentes ». Marketing ou réalité? Un peu des deux. Certaines sont naturelles (cèdre, santal), d’autres reconstituées synthétiquement (oud, gaïac). Et c’est justement ce cocktail naturel-synthétique qui crée cette densité presque oppressante.
Notes Annoncées
Tête : Poivre, cèdre
Cœur : Vétiver, santal, gaïac
Fond : Oud, pachouli, ambre
Bon. Maintenant parlons de ce qui se passe vraiment sur peau.
Analyse Technique : Où Est Passée la Pyramide?
Première chose surprenante : Wonderwood ne respecte pas la structure classique d’évolution. Les notes de tête? Inexistantes ou presque. Vous vaporisez, et BAM – tout arrive d’un coup.
Le Départ (0-15 minutes)
Le poivre apparaît une demi-seconde. Vraiment, clignez et vous le ratez. Ensuite, c’est une avalanche de cèdre et de vétiver. Sauf que ce n’est pas le cèdre doux des parfums traditionnels. C’est un cèdre presque métallique, avec des facettes presque créosotées.
Le vétiver apporte cette note terreuse, légèrement fumée. Mais là encore, on est loin du vétiver classique. Il est sec, presque minéral. Zéro verdeur.
Le Cœur (15 minutes – 3 heures)
C’est là que ça devient intéressant d’un point de vue technique. Le gaïac et le santal entrent en jeu, mais ils ne « fondent » pas la composition comme ils le feraient normalement. Ils ajoutent des couches. Le gaïac amène une dimension fumée, presque balsamique. Le santal? Beaucoup plus discret qu’on pourrait l’imaginer.
Honnêtement, si vous cherchez un santal crémeux et lacté, passez votre chemin. Ici, il sert juste à arrondir très légèrement les angles. Et encore.
Le Fond (3-8 heures)
L’oud synthétique fait son apparition. Pas l’oud animalique et cuiré des compositions orientales. Un oud aseptisé, presque médicinal. Le pachouli renforce la dimension terreuse sans tomber dans le hippie. L’ambre (très probablement de l’ambroxan) crée cette aura chaude qui permet au parfum de tenir des heures.
Parce que oui, Wonderwood tient. Vraiment. Comptez 8-10 heures facilement, avec un sillage qui reste présent 4-5 heures.
Les Accords : Décryptage Moléculaire
Ce qui rend Wonderwood unique, c’est son usage intensif de molécules synthétiques. On n’est pas dans le naturel new-age ici.
Calone et ISO E Super
Vous ne les verrez jamais mentionnées officiellement. Pourtant, elles sont là. L’ISO E Super (molécule boisée de synthèse) constitue probablement 30-40% de la formule. C’est elle qui crée cette impression de « nuage boisé » autour de vous.
Une touche de calone apporte une fraîcheur presque métallique. Surprenant dans un boisé pur? Oui. Mais ça fonctionne.
Cèdre Virginie vs Atlas
Ma théorie : on a les deux. Le Virginie pour la sécheresse presque papier, l’Atlas pour la profondeur. Mélangés, ils créent cette base solide qui refuse de bouger pendant des heures.
Le Vétiver Haïti
Reconnaissable à son profil fumé-terreux. Pas le vétiver bourbon plus frais, ni le vétiver Java plus vert. Non, on est sur un vétiver qui sent la racine déterrée et séchée au soleil. Brut.
Comparaisons Techniques
Pour vraiment comprendre Wonderwood, il faut le comparer à d’autres constructions boisées.
Wonderwood vs Terre d’Hermès
Terre joue sur le contraste agrumes/vétiver. Wonderwood élimine toute dimension hespéridée. Résultat : là où Terre respire, Wonderwood étouffe (dans le bon sens). C’est une question de densité moléculaire. Wonderwood est probablement deux fois plus concentré en matières premières boisées.
Wonderwood vs Tam Dao (Diptyque)
Tam Dao mise tout sur le cèdre crémeux. Wonderwood le rend anguleux. Tam Dao est une aquarelle, Wonderwood un fusain. Deux philosophies opposées du bois.
Wonderwood vs Oud Wood (Tom Ford)
Oud Wood adoucit son oud avec des épices et du tonka. Wonderwood refuse toute concession. Pas de doudou olfactif ici. L’oud reste sec et distant.
Particularités Techniques
La Question du Genre
Wonderwood est techniquement unisexe. Mais soyons honnêtes : sa sécheresse le fait souvent coder masculin. Pourquoi? Parce qu’on associe culturellement les boisés secs aux hommes. Personnellement, je le trouve carrément non-genré – il sent juste le bois, pas « l’homme » ou « la femme ».
Concentration
Vendu en Eau de Parfum. Mais franchement, avec sa tenue, on pourrait le croire en extrait. La concentration en huiles parfumées doit tourner autour de 15-20% (contre 10-15% pour une EDP classique).
Sillage et Projection
Modérés mais constants. Wonderwood ne hurle pas (contrairement à certains boisés ouds). Il crée une bulle de 30-50 cm autour de vous pendant 4-5 heures, puis reste en sillage intime jusqu’à disparition complète.
Mode d’Emploi Technique
Quelques observations après des dizaines de tests.
Application : Vaporisation recommandée. Les touches au doigt écrasent la composition. Vous avez besoin de ce spray pour aérer (relativement) la formule.
Quantité : Deux vaps maximum. Trois, et vous risquez la migraine. Ce n’est pas une blague – la densité moléculaire peut saturer vos récepteurs olfactifs.
Zones : Évitez le cou en plein été. Privilégiez les vêtements (où il tient 2-3 jours) ou l’intérieur des poignets.
Température : Wonderwood déteste la chaleur. Au-dessus de 25°C, il devient entêtant. En dessous de 15°C, il s’ouvre parfaitement.
Pour Qui, Techniquement Parlant?
Wonderwood demande un nez éduqué. Pas par snobisme – juste parce que sa radicalité peut dérouter. Si vous débutez en parfumerie boisée, commencez par quelque chose de plus accessible (Tam Dao, justement). Revenez à Wonderwood après.
Si vous aimez les compositions linéaires qui assument leur minimalisme, foncez. Si vous préférez les évolutions complexes avec des rebondissements, vous risquez de trouver ça monotone.
Verdict Technique
Wonderwood est une prouesse de synthèse. Au sens littéral : synthétiser l’essence du bois en une formule radicale. Comme des Garçons a créé un parfum-concept plus qu’un parfum-plaisir.
C’est du minimalisme maximaliste. Une forêt concentrée en flacon. Un exercice de style qui assume ses partis pris jusqu’au bout.
Est-ce que tout le monde doit l’aimer? Non. Est-ce que c’est techniquement brillant? Absolument. La vraie question reste : êtes-vous prêts à porter une forêt entière sur vous?
